Jean-Yves Le Drian lance son propre mouvement politique

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« Les Arabes ont accepté de ne pas s’entendre », explique Ibn Khaldoun, une citation populaire dans les médias soulignant le manque d’intégration régionale au niveau arabe. La Ligue des États arabes est une institution régionale créée en 1944 par la Transjordanie, la Syrie, l’Égypte, le Yémen, l’Iraq, l’Arabie saoudite et le Liban, et compte actuellement 22 membres. Il vise à l’intégration régionale dans les domaines de l’économie, de la diplomatie, de la culture et de l’éducation. Organisme inter-étatique aux pouvoirs limités, il a été critiqué récemment, en particulier pour son impuissance dans le contexte du conflit syrien. Ce dernier, qui a débuté en 2011, s’oppose au régime baathiste syrien contre une opposition totalement fragmentée, réunissant des révolutionnaires démocratiques, des frères musulmans et des islamistes djihadistes. Le conflit, toujours en cours, était au point que la Ligue n’a pas d’action efficace sur le terrain depuis 2013. Cet échec doit être placé dans une continuité historique, dans laquelle la Ligue a été témoin régionaux plutôt que de les résoudre, en l’absence d’un véritable système de sécurité collective et de mécanismes de sanctions efficaces

Il convient de rappeler que la Ligue des États arabes, apparemment symbole du rêve d’unité arabe, est dans sa structure une organisation interétatique dont les leviers de contrôle se limitent à ceux d’un organe consultatif. Bien que de nombreuses structures aient été mises en place, l’observation souvent faite est celle d’une « coquille vide ». Les rappels de la souveraineté dans les textes fondateurs, un système décisionnel qui impose un consensus permanent, l’absence d’instruments de sanctions efficaces et d’un régime de sécurité collective sont importants. Parmi les causes de cette inefficacité critiquée. Nous présenterons ici l’idée que la Ligue n’a pas été conçue comme une institution supra-étatique capable de mettre en œuvre l’unification régionale, mais plutôt comme faisant partie d’un accord entre pays aux bases nationales fragiles sur la coopération « au minimum » capable de protéger leur souveraineté. Ainsi, à sa fondation, la Ligue a été une grande déception pour les militants panarabes. L’ambition excessive des textes de la Ligue, qui constituent un véritable « institutionnalisme régional », n’a pas conduit à une véritable régionalisation. Blurry est nombreux dans les documents fondateurs, ce qui laisse place à des interprétations divergentes et déduit l’impuissance de la Ligue, comme nous le développerons à travers l’exemple de la sécurité collective.

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Dans les textes, il est fait référence à l’interdiction du recours à la force entre les membres, à la conduite d’actions visant à changer de régime dans un État voisin et à l’objectif de la coordination entre les États. Il y a beaucoup d’inexactitudes : qu’est-ce que l’agression, par exemple ? De même, aucune sanction autre que l’exclusion de la Ligue n’est détaillée (« les dispositions seront adoptées »), ce qui entraîne un affaiblissement majeur des actions de la Ligue. Enfin, l’unanimité est le mécanisme de prise de décision nécessaire, ce qui met encore une fois la Ligue face à son manque d’autonomie vis-à-vis de ses États membres. Quant aux institutions énumérées dans les textes, elles sont dormantes, tout comme le projet d’une force arabe collective et d’un commandement unifié depuis 1967. médiation du Conseil est prévu uniquement pour les conflits/crises qui n’impliquent pas la souveraineté, mais le document est imprécis à cet égard sur la question de la souveraineté.Comme nous le voyons, la structure de la Ligue en fait un acteur impuissant dans son essence, victime d’une faiblesse congénitale qui l’empêche d’établir en tant qu’acteur de la gestion des conflits.

La Ligue des États arabes, impuissante, face à la tentation de déléguer la crise aux institutions internationales et aux puissances géopolitiques

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Face à des troubles régionaux, la Ligue des États arabes s’est trouvée confrontée à des ressources insuffisantes pour imposer des mesures de médiation et des plans de sortie, comme dans le cas de la Syrie. À cet égard, il est essentiel d’examiner la logique organisationnelle et l’arbitrage exercée par la Ligue au début du conflit.

L’ intervention de la Ligue doit être interprétée comme une volonté de prendre la main de la Turquie (alors acteur principal étranger) et d’imposer une solution régionale au conflit. Il exhorte le régime syrien à mettre fin à la répression dès mars 2011 et lance des négociations en vue d’imposer un plan de sortie de la crise. Il consiste à mettre fin à la violence, à libérer les détenus, à évacuer les forces militaires des villes et à permettre à la Ligue et aux médias de se déplacer sur le territoire syrien. Accepté par le régime syrien, il ne l’applique jamais, trébuchant sur l’accueil des observateurs arabes, conduisant à la suspension de la Syrie de la Ligue. Les 150 observateurs de la Ligue ont finalement été acceptés sur le sol syrien, mais n’y sont restés que deux mois en raison du refus des autorités nationales de coopérer. Des sanctions économiques sont appliquées.

L’ activisme de la Ligue sur la question au début du conflit a été salué, mais le bilan reste mitigé. En effet, la suspension de la Syrie a été effectuée illégalement en vertu de la Charte de la Ligue. Cela souligne en outre le manque d’autonomie organisationnelle de la Ligue vis-à-vis des États membres, ce que le représentant de la Syrie au sein de la Ligue a souligné. Si des sanctions financières ont été décidées, leur application est peu probable étant donné l’absence d’intégration économique et financière arabe : il appartient donc aux États membres de décider sur une base bilatérale. Quant à la mission d’observation de la Ligue, elle a été critiquée pour son inutilité (n’ayant pas accès à des terres sensibles) et le profil douteux de ses composantes (le chef de la délégation étant un général soudanais impliqué dans des crimes de guerre au Darfour).

Les négociations au début du conflit entre le dirigeant Assad et le Secrétariat général de la Ligue témoignent d’une volonté réelle de parvenir à une solution régionale sous l’égide de la Ligue et d’éviter la suspension de Syrie de l’organisation à tout prix. Les discussions après la suspension ont révélé les divergences d’opinion entre le personnel permanent de la Ligue et les délégations des États : face aux pressions et au manque d’autonomie vis-à-vis des diplomaties nationales, le Secrétariat n’a d’autre choix que de s’aligner sur la décision de suspendre la Syrie.

En fin de compte, la Ligue a jeté la serviette, gardant une position d’attente dans l’attente d’un hypothétique « consensus arabe » sur le sujet. En interrompant les négociations avec le régime Assad, elle a ouvert la voie à l’internationalisation du conflit, qu’elle suppose pleinement : lors du sommet arabe de 2013, la Ligue a appelé les Nations Unies à intervenir en Syrie, tout en évitant la nature de cette intervention et la présence d’acteurs non arabes. Ce type de déclaration, qui tente de concilier l’anti-impérialisme et la nécessité d’une intervention internationale, est le signe d’une organisation qui tente avec difficulté de ne pas perdre sa face en transférant le sujet à des instances internationales. Il convient de noter, bien entendu, que le Groupe arabe à l’Organisation des Nations Unies a proposé une résolution visant à régler le conflit au Conseil de sécurité, qui n’a pas été adoptée

La domination saoudienne relative et illusoire sur l’espace régional arabe, illustrée par le cas syrien

La position hostile de la Syrie à l’égard d’un véritable arbitrage arabe est un manque de confiance structurelle dans la région. En l’absence d’une communauté d’intérêts, toute initiative d’intégration régionale est vouée à l’échec. En effet, la Ligue a toujours été perçue comme un instrument d’hégémonie. Ceci est renforcé par l’absence d’une identité similaire : il existe de grandes différences entre les États arabes, que ce soit sous la forme d’un régime politique, d’une idéologie ou d’une diplomatie.

Ces différences pourraient être surmontées en présence d’un acteur hégémonique capable de fédérer les États de la région autour d’un projet commun et d’avoir les ressources nécessaires pour le faire. Ce serait aboutissent à un règlement régional des conflits plutôt qu’à une délégation aux structures internationales et/ou non arabes. On a beaucoup parlé de la domination saoudienne sur la Ligue qui, par son pouvoir financier et religieux, fédérer d’autres États (surtout sunnites) comme l’Egypte de Nasser. Ce pouvoir doit être déconstruit : premièrement, la Ligue est un organe dominé dans son administration par l’Égypte (qui accueille son siège social et fournit la majorité des employés, ainsi que 6 secrétaires généraux sur 8), plutôt favorable au régime syrien. Deuxièmement, la structure bipolaire des systèmes d’alliance arabe, entre le camp de la « Mumana » (résistance anti-impérialiste soutenue par l’Iran et la Russie) et les modérés arabes (camp pro-occidental), a fortement réduit l’hégémonie saoudienne, en particulier sur la Ligue, où le consensus était indispensable. les pays anti-Assad du Golfe. Le siège de la Syrie dans la Ligue a été offert à l’opposition au régime, représenté par la Syrie Conseil national (CNS). Toutefois, la décision n’a jamais été officialisée et l’offre a été retirée quelques mois plus tard, témoignant des divisions des États membres sur le soutien à l’opposition considérée comme islamiste et non représentative du peuple syrien.

Récemment, de nombreux États Membres se sont positionnés pour le retour de la Syrie à la Ligue et ont rouvert leurs ambassades et rétabli leurs liens économiques et logistiques avec la Syrie. Cela témoigne de la fragilité de la position saoudienne à l’appui des rebelles, qui est presque défaite militairement, et de son manque de ressources pour stimuler la politique régionale face à la crise syrienne. En l’absence d’unanimité et de ressources pour imposer une sortie de crise, la Ligue, instrumentalisée par certains États du Golfe avec des objectifs hégémoniques

Une organisation de courroie pour la transmission d’influences étrangères ?

Enfin, cette puissance saoudienne, ainsi que celle des autres concurrents, est basée sur des alliances étrangères qui décident des destins de la région et ne laissent à la Ligue qu’un rôle marginal. Les erreurs stratégiques de la Ligue sont révélatrices d’un « vide énergétique » régional. En février 2018, le ministère russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a soutenu que la Ligue pourrait jouer un rôle plus efficace si le gouvernement syrien faisait partie de l’organisation. Et, en fait, le soutien russe au régime a permis d’inverser l’équilibre des forces.

Paradoxalement, la réintégration dans l’espace régional est considérée comme un facteur de sortie de la crise par le régime russe, dont l’intervention a été autorisée par l’impuissance de la Ligue des États arabes. Cela souligne à la fois le pouvoir symbolique de la Ligue en tant que dernier avatar du panarabisme, et le rôle central joué par la Syrie. Le régime panarabe, face à Israël, la Syrie occupe une place importante dans l’espace arabe, en tant que berceau historique du nationalisme arabe. Il a également accueilli le Parlement panarabe avant sa suspension. La Syrie, bien qu’elle ne revendique pas explicitement son retour dans l’institution, fait de sa réintégration une priorité, se déplaçant par petits pas avec les États arabes (ouverture d’ambassades, de compagnies aériennes, etc.). À sa fondation, la Ligue a été qualifiée de « tête anglaise sur un corps arabe ». Aujourd’hui encore, le régime syrien a refusé d’intervenir de la Ligue au motif qu’il représentait des intérêts américains : cet argument a été renforcé par le fait que les États-Unis ont été les premiers à applaudir la décision de suspendre la Syrie de la Ligue. L’internationalisation du conflit, a limité le rôle de la Ligue dans la crise à la publication de déclarations rhétoriques, déplorant le plus souvent son impuissance : il a exprimé sa frustration face à la tenue des élections présidentielles en Syrie en 2014, faisant valoir que cela empêchait la résolution politique de la qu’elle prêche depuis 2011.

Tout d’abord, cette internationalisation du conflit est le résultat d’un échec de la médiation arabe, le dont les causes sont structurelles mais aussi cycliques. En outre, la Ligue des États arabes est un domaine transnational, bien qu’elle ait une autonomie limitée sur les domaines politiques nationaux, mais elle génère des normes, des idéaux et des attentes communs. Il s’adapte aux contraintes internes et externes, en les réinterprétant selon ses propres grilles de lecture. Enfin, la Ligue, plus précisément, est un lieu central pour la socialisation et la reconnaissance mutuelle entre les dirigeants.

Il ne faut pas oublier le rôle joué par le Secrétariat général, qui, bien que limité, fait preuve d’une certaine cohérence dans la position de la Ligue. Ainsi, le secrétaire Ahmed Aboul Gheit a déclaré qu’il attendait un consensus arabe pour parler de la réintégration de la Syrie, tout en multipliant les actes symboliques en faveur de celle-ci. Il a serré la main du ministre syrien des Affaires étrangères à l’ONU et a été un fervent partisan de la souveraineté syrienne, appelant à mettre fin à l’ingérence internationale. Bien que soumis à une forte communauté internationale et non arabe pressions et influences, la Ligue maintient une forte identité anti-impérialiste et souverainiste, soulignant systématiquement la nécessité d’un règlement arabe des conflits, ce qui remet en question la vision commune d’une organisation sans personnalité ni ordre du jour.

Le bilan de la Ligue arabe en Syrie est maigre, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la Ligue arabe, institution interétatique dans son esprit et sa pratique, n’est pas équipée pour mener des opérations de maintien de la paix et servir de médiateur dans le règlement des conflits. Bien qu’elle ait pu mettre en place certaines initiatives au cours des conflits précédents, celles-ci ont été marquées par une utilité limitée et par une puissance arabe (la Syrie pendant le conflit libanais et la force de dissuasion arabe). Dans le cas de la Syrie, il convient de ne pas exagérer que la Ligue arabe n’a rien fait : en effet, le début du conflit a été l’occasion pour la Ligue arabe d’essayer d’imposer la médiation arabe. Cependant, il a fait face à l’opposition du régime de Damas et l’absence de consensus régional sur la question. L’échec de l’institution a ouvert la voie à l’internationalisation complète du conflit, à la polarisation des acteurs syriens, y compris la suspension de la Syrie, et à l’invitation de l’opposition syrienne à occuper le siège. Cette évaluation doit être liée au « vide du pouvoir dans le monde arabe », régulièrement souligné par les intellectuels, ainsi qu’à un environnement régional marqué par un manque d’hostilité bilatérale à l’égard du multilatéralisme. Il sera intéressant d’examiner le rôle de la Ligue arabe en Syrie dans les années à venir, avec la fin du conflit syrien et la nécessité de réintégrer le régime baathiste dans le système régional.

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