Entre 1996 et 2008, Nokia a vendu plusieurs centaines de millions de téléphones mobiles dans le monde. Certains modèles, du 3210 au N95, ont défini à eux seuls ce que signifiait posséder un portable. Leurs silhouettes, leurs sonneries polyphoniques et leur jeu Snake restent gravés dans la mémoire collective.
Revenir sur ces anciens modèles Nokia en photos, ce n’est pas seulement un exercice de nostalgie : c’est aussi mesurer l’écart technique avec le présent, et constater que plusieurs de ces appareils fonctionnent encore, pour quelques mois du moins.
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Arrêt de la 2G en France : les anciens Nokia bientôt muets
Avant de parcourir les modèles emblématiques, un fait récent change la donne. Orange a annoncé l’arrêt complet de son réseau 2G entre septembre et octobre 2026, avec une extinction totale prévue au 20 octobre 2026 (hors quelques zones blanches prolongées jusqu’à début décembre).
Pour les anciens Nokia qui ne prennent en charge que la 2G, la conséquence est directe : appels et SMS deviendront impossibles sur ce réseau, même si l’appareil est en parfait état de marche. Les collectionneurs pourront toujours allumer un Nokia 3310 pour jouer à Snake, mais plus pour téléphoner.
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Cette extinction concerne la majorité des modèles produits avant 2005. Les quelques Nokia compatibles 3G (comme le N95) gagneront un sursis, mais les réseaux 3G sont eux aussi en cours de fermeture progressive chez plusieurs opérateurs européens.

Nokia 3210 et 3310 : les modèles que tout le monde a eus en main
Le Nokia 3210, sorti à la fin des années 1990, a été le premier téléphone Nokia sans antenne externe. Son design arrondi et ses coques interchangeables en faisaient un objet personnel autant qu’un outil de communication. C’est aussi l’un des premiers modèles à embarquer le jeu Snake, dans une version monochrome sur un écran de quelques lignes de pixels.
Le Nokia 3310, arrivé peu après, a poussé la formule plus loin. Écran légèrement plus grand, autonomie de plusieurs jours en veille, et surtout une robustesse devenue légendaire. Les photos d’époque montrent des 3310 rayés, écornés, parfois fendus, mais toujours fonctionnels.
Snake sur le 3310 : un gameplay d’une simplicité radicale
Le serpent pixelisé se déplaçait sur un damier minuscule. Quatre directions, pas de diagonale, pas de niveaux au sens moderne. La difficulté venait uniquement de la vitesse croissante et de la longueur du serpent. Cette mécanique, réduite à l’essentiel, explique pourquoi le jeu reste addictif quand on le reprend aujourd’hui.
La réédition du Nokia 3310 en 2017 a d’ailleurs intégré une version modernisée de Snake, en couleur cette fois. Les retours ont été mitigés : le charme tenait en partie aux contraintes techniques de l’original.
Nokia 5110, 6600, N95 : trois générations en photos
Au-delà du duo 3210/3310, d’autres modèles Nokia méritent qu’on s’y arrête, parce qu’ils marquent chacun un tournant technique.
- Le Nokia 5110 (fin des années 1990) était le téléphone des coques de couleur. Sobre, massif, avec un écran monochrome minuscule, il représente l’ère où un mobile servait strictement à appeler et envoyer des SMS.
- Le Nokia 6600 (début des années 2000) a introduit un écran couleur, un appareil photo intégré et le système Symbian. C’était un smartphone avant l’heure, même si le mot n’existait pas encore dans le vocabulaire courant.
- Le Nokia N95 (2007) embarquait un GPS, un lecteur multimédia, une connexion Wi-Fi et un appareil photo de bonne qualité pour l’époque. Il représente le sommet technique de Nokia avant l’arrivée de l’iPhone, qui a redistribué les cartes la même année.
Regarder ces trois appareils côte à côte sur une photo résume une décennie d’évolution : du plastique monobloc au slider multimédia, Nokia a compressé dix ans d’innovation dans des formats de poche.

Coques, sonneries, T9 : ce qui rendait ces Nokia reconnaissables
Les anciens modèles Nokia partageaient quelques traits distinctifs que les smartphones actuels ont abandonnés.
Le clavier physique alphanumérique avec saisie T9 obligeait à taper ses messages en appuyant plusieurs fois sur chaque touche. Cette contrainte a engendré un langage SMS abrégé (« slt, cv ? ») qui a marqué toute une génération. La dextérité de certains utilisateurs sur un clavier T9 rivalisait avec la vitesse de frappe sur un écran tactile moderne.
Les coques interchangeables transformaient le téléphone en accessoire de mode. Nokia vendait des façades de toutes les couleurs, et un marché parallèle de coques non officielles a prospéré pendant des années. Changer la coque de son 3310 revenait à personnaliser un objet standardisé, un concept que les fabricants de coques pour iPhone ont repris à grande échelle.
Les sonneries polyphoniques, enfin, constituaient un marqueur social. La sonnerie Nokia par défaut (« Nokia Tune ») reste l’une des mélodies les plus reconnues au monde. Les forums de l’époque regorgeaient de codes à taper manuellement pour programmer sa propre sonnerie, note par note.
Feature phones Nokia aujourd’hui : un marché de niche qui persiste
La nostalgie ne suffit pas à expliquer pourquoi des téléphones à touches continuent de se vendre. Une demande structurée existe pour les feature phones destinés à un usage simple et durable : appels, SMS, autonomie longue, absence de distractions numériques.
Nokia (sous licence HMD Global) commercialise encore plusieurs modèles à clavier. En parallèle, d’autres fabricants investissent ce créneau. Le Commodore Callback 8020, par exemple, reprend un clavier physique alphanumérique avec T9, compatible avec des applications Android comme WhatsApp ou Signal, tout en bloquant nativement les navigateurs web et les réseaux sociaux. Ce modèle est d’ailleurs développé par Jolla, une entreprise fondée par d’anciens ingénieurs de Nokia.
Ce segment attire aussi les parents qui cherchent un premier téléphone pour adolescent sans accès aux réseaux sociaux, et les seniors qui privilégient la lisibilité d’un écran simple et de touches physiques larges.

Les anciens modèles Nokia documentent une époque où la téléphonie mobile progressait par bonds visibles d’un modèle à l’autre. Avec l’extinction de la 2G prévue fin 2026, la plupart de ces appareils perdront leur dernière fonction de communication. Ils resteront des objets de collection, figés dans le silence, avec un serpent pixelisé qui attend qu’on appuie sur la touche 5 pour repartir.

